mardi, octobre 23, 2007

Bus 197

J’étais en patrouille, chef de bord, et je regardais le paysage urbain défiler. Le secteur était calme.

Un homme au volant, le téléphone collé à l’oreille. Ma collègue fît demi-tour et stoppa le véhicule à proximité d’un arrêt de bus. Malheureusement pour lui, il avait oublié la courtoisie dans sa poche.

Il patientait dans son véhicule le temps de la verbalisation. Moi, je sifflotais sur le trottoir, constatant à quel point l’hiver arrivait vite. Il faisait froid.
Une femme était assise sur le banc, elle attendait son bus. Elle interrompit mes rêveries pour me demander le motif de son contrôle, elle sentait l’alcool et je me demandais comment elle pouvait ne pas comprendre que nous n’étions pas là pour elle. D’ailleurs, je ne l’avais même pas vu.
Elle allait travailler, à moitié ivre, son employeur avait l'habitude mais ne disait rien. J'essayais de comprendre comment elle en était arrivé là. Elle parlait lentement. Elle avait bonne allure et son air triste ne me laissait pas indifférent. Il me fallut dix minutes de discussion avant qu'elle ne m'explique, au travers d'un sanglot.

Son fils avait deux ans et demi ce jour là.
Ce jour où, il y a six ans, il fût écrasé sur la chaussée devant ses yeux.
Le conducteur était ivre, et la roue de son véhicule était passée sur la tête de son gamin, écaché sur le bitume ...
Son psychiatre n'avait apparemment rien changé à sa détresse. Elle était éteinte, inhabitée depuis six ans.

Le bus 197 arriva, elle s’engouffra à l’intérieur et me salua de la main une fois les portes refermées. Elle souriait tout en pleurant, les joues bariolées de mascara.

jeudi, octobre 11, 2007

Agoraphobe

Condamné pour viol en réunion, à l'âge de seize ans.
C’était une camarade de son collège. Il l’a violé sans l'ombre d'un remord, dans des circonstances qu'aucun film ne pourrait retranscrire.

Elle avait quatorze ans, elle était seule ce soir là, dans cette piteuse cave. Lui, par contre, était accompagné de trois de ses amis. Ils s’échangeaient la gamine à tour de rôle, tandis que les trois autres tenaient fermement les bras et les jambes de cette jeune fille.

Je me souviens encore de son rire.
Après leurs interpellations, ils étaient assis sur le banc des gardés à vue, et ils rigolaient. Il échangeaient des blagues et se pliaient de rire.

Je crains qu’il ne soit bientôt dehors. Car la justice libère hâtivement, la justice oublie vite. Peut-être même le croiserez-vous un jour, dans une rue, proche d’une boulangerie. Peut-être vous esquissera t-il un sourire comme un banal citoyen satisfait de sa journée, et que vous lui répondrez d’un grand sourire, amicalement. Sans que personne ne se soucie de son passé. Ca me fait froid dans le dos.
Malheureusement, cette personne n’est qu’une déplorable poussière parmi des milliers, des millions d’autres qui ne méritent pas cet énorme privilège que d’être entièrement libre. J’ai beaucoup de mal à comprendre cette justice qui libère chaque jour des condamnés qui ne finiront jamais la peine prononcée un dernier jour d'audience.

Le monde est rempli de ces cinglés. Eux qui frôlent les gens que l'on aime, sans qu'un doute ne plane.