jeudi, novembre 22, 2007

Permis de tuer

Il avait la cinquantaine, vivait dans un pavillon. C’était un homme ordinaire, avec une femme, et une fille ; avec ses joies, ses peines.

En fin de journée, il pris son vélo pour faire un tour dans le quartier. Il pédalait au travers des rues, s’interrogeant peut-être sur la composition du dîner, se posant moult questions dans un inconscient qui le faisait zigzaguer au travers de la ville, insouciant.

J’avais pris mon service à midi ce jour là.
La journée fût plus ou moins calme dans l’ensemble, et il ne me restait plus que quelques heures à tuer avant de rentrer chez moi manger un bon plat devant la télévision.
Une heure avant la fin de service, la radio demandait un véhicule. Accident corporel, sans plus d’information. Une autre patrouille se rendit sur place, rejoignant les pompiers déjà sur les lieux. L’accident impliquait un cycliste et un automobiliste.

Oui, c’était lui.
Il était dans le coma, c’était plus grave que prévu.
Il décèdera quelques minutes avant mon arrivé sur place, il n’était plus de ce monde, mais il était bien là, près du trottoir, bien trop pâle.
Deux voitures en stationnement étaient littéralement éclatées par la violence du choc. Il y avait des débris partout.

Nous avons pris en charge l’auteur des faits, connu de nos services. Je ne lui donnerai aucun nom, aucune quelconque importance nominatif. Un mineur en défaut de permis. Au poste, celui-ci nous aura lâché trois-quatre larmes, il avait peur d’aller en enfer disait-il. La scène ne durera pas plus de cinq minutes.
Bien plus tard, après les procédures habituelles, nous l’avons emmené à l’hôpital pour un dépistage de stupéfiant, qui s’est avéré positif par la suite.
J’ai encore le mauvais souvenir où cet abruti essayait de dormir à chaque endroit où il pouvait s’asseoir ou s’allonger, en attendant le médecin. Comme si son esprit n’était pas touché par les quelques heures précédentes. Protestant même, ses menottes étaient trop serrées.
Les procédures à l’hôpital prennent beaucoup de temps, et nous fûmes relevés peu de temps après minuit par des collègues de la nuit.

De retour chez moi, il était 01h20 du matin.
Une bonne douche, un petit-suisse en guise de dîner et je filais au lit. Le réveil sonna quelques heures plus tard, sans pitié, il était 06h00 du matin, et un stage m'attendait.

J’appris quelques jours plus tard que le mis en cause était déjà dehors, sous contrôle judiciaire en attente du jugement, dans une dizaine de mois.

La vie suit son cours.
Sauf pour les victimes.

1 Comments:

Blogger Thomas said...

Difficile parfois de n'être que l'intermédiaire entre les victimes et la Justice. C'est ce qui explique d'ailleurs souvent notre fort sentiment d'impunité chez les délinquants/criminels. Ce qu'on ressent évidement à la lecture de ton récit.

27 décembre, 2007 12:12  

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