Bus 197
J’étais en patrouille, chef de bord, et je regardais le paysage urbain défiler. Le secteur était calme.Un homme au volant, le téléphone collé à l’oreille. Ma collègue fît demi-tour et stoppa le véhicule à proximité d’un arrêt de bus. Malheureusement pour lui, il avait oublié la courtoisie dans sa poche.
Il patientait dans son véhicule le temps de la verbalisation. Moi, je sifflotais sur le trottoir, constatant à quel point l’hiver arrivait vite. Il faisait froid.
Une femme était assise sur le banc, elle attendait son bus. Elle interrompit mes rêveries pour me demander le motif de son contrôle, elle sentait l’alcool et je me demandais comment elle pouvait ne pas comprendre que nous n’étions pas là pour elle. D’ailleurs, je ne l’avais même pas vu.
Elle allait travailler, à moitié ivre, son employeur avait l'habitude mais ne disait rien. J'essayais de comprendre comment elle en était arrivé là. Elle parlait lentement. Elle avait bonne allure et son air triste ne me laissait pas indifférent. Il me fallut dix minutes de discussion avant qu'elle ne m'explique, au travers d'un sanglot.
Son fils avait deux ans et demi ce jour là.
Ce jour où, il y a six ans, il fût écrasé sur la chaussée devant ses yeux.
Le conducteur était ivre, et la roue de son véhicule était passée sur la tête de son gamin, écaché sur le bitume ...
Son psychiatre n'avait apparemment rien changé à sa détresse. Elle était éteinte, inhabitée depuis six ans.
