Exilée
La solitude, celle qui frappe à votre porte et s’impose à votre quotidien, vous imbibant chaque instant de toutes ses imperfections. Prenant place à l’intérieur de votre habitation, elle-même devenant la tour d’ivoire indiscernable dont vous redoutiez l’arrivée.Les photographies s’installent sur vos murs, s’encadrent dans toutes les pièces, remplissant ainsi l’espace vide de vos souvenirs élégants d’un passé qui semble déjà si loin. Vous êtes en marge de cette société faisandée que vous haïssez, jusqu'à en devenir quelconque, séquestré par la solitude. Vos enfants vous abandonnent pour une dispute qu’ils ne regretteront qu’à votre dernier sommeil, tandis que les jours heureux d’autrefois rejaillissent parfois dans votre esprit, brièvement, et vous sombrez doucement. Lentement.
Le monde est horreur, et cette sphère sur laquelle vous reposez n’a plus d’intérêt, car vous êtes seul. Alors vous saisissez cette lame qui traînait depuis des lustres, et vous entaillez votre avant-bras à plusieurs reprises, fermement. Votre bras n'existe plus vraiment, il est le symbole de vos maux, déchiqueté par une lame. Puis dans un ultime sanglot d’effroi, vous saisissez le combiné d'un vieux téléphone qui n’a pas sonné depuis une éternité.
Je n’avais jamais vu une telle quantité de photographies sur les murs d’un appartement, ses filles étaient partout, donnant l’illusion qu’elles veillaient silencieusement.
Les blessures n'étaient heureusement pas assez profondes.
Je parle d’une solitude cruelle et foudroyante. Celle qui vous isole complètement du monde extérieur, et non la douce amie consommée avec modération, que l’on adopte et cultive tous au cours d’une vie.
Difficile d'imaginer le désarroi et la lutte infernale des quidams abandonnés. Mais ils sont nombreux, très nombreux.



