vendredi, avril 18, 2008
vendredi, avril 11, 2008
Exilée
La solitude, celle qui frappe à votre porte et s’impose à votre quotidien, vous imbibant chaque instant de toutes ses imperfections. Prenant place à l’intérieur de votre habitation, elle-même devenant la tour d’ivoire indiscernable dont vous redoutiez l’arrivée.Les photographies s’installent sur vos murs, s’encadrent dans toutes les pièces, remplissant ainsi l’espace vide de vos souvenirs élégants d’un passé qui semble déjà si loin. Vous êtes en marge de cette société faisandée que vous haïssez, jusqu'à en devenir quelconque, séquestré par la solitude. Vos enfants vous abandonnent pour une dispute qu’ils ne regretteront qu’à votre dernier sommeil, tandis que les jours heureux d’autrefois rejaillissent parfois dans votre esprit, brièvement, et vous sombrez doucement. Lentement.
Le monde est horreur, et cette sphère sur laquelle vous reposez n’a plus d’intérêt, car vous êtes seul. Alors vous saisissez cette lame qui traînait depuis des lustres, et vous entaillez votre avant-bras à plusieurs reprises, fermement. Votre bras n'existe plus vraiment, il est le symbole de vos maux, déchiqueté par une lame. Puis dans un ultime sanglot d’effroi, vous saisissez le combiné d'un vieux téléphone qui n’a pas sonné depuis une éternité.
Je n’avais jamais vu une telle quantité de photographies sur les murs d’un appartement, ses filles étaient partout, donnant l’illusion qu’elles veillaient silencieusement.
Les blessures n'étaient heureusement pas assez profondes. Elle ne rejoindra donc pas les millions de victimes de l'isolement pour le moment.
Je parle d’une solitude cruelle et foudroyante. Celle qui vous isole complètement du monde extérieur, et non la douce amie consommée avec modération, que l’on adopte et cultive tous au cours d’une vie.
Difficile d'imaginer le désarroi et la lutte infernale des quidams abandonnés. Mais ils sont nombreux, très nombreux.
mercredi, mars 12, 2008
jeudi, novembre 22, 2007
Permis de tuer
Il avait la cinquantaine, vivait dans un pavillon. C’était un homme ordinaire, avec une femme, et une fille ; avec ses joies, ses peines.En fin de journée, il pris son vélo pour faire un tour dans le quartier. Il pédalait au travers des rues, s’interrogeant peut-être sur la composition du dîner, se posant moult questions dans un inconscient qui le faisait zigzaguer au travers de la ville, insouciant.
J’avais pris mon service à midi ce jour là.
La journée fût plus ou moins calme dans l’ensemble, et il ne me restait plus que quelques heures à tuer avant de rentrer chez moi manger un bon plat devant la télévision.
Une heure avant la fin de service, la radio demandait un véhicule sur la commune. Accident corporel, sans plus d’information. Une autre patrouille se rendit sur place, rejoignant les pompiers déjà sur les lieux. L’accident impliquait un cycliste et un automobiliste.
Oui, c’était lui.
Il était dans le coma, c’était plus grave que prévu.
Il décèdera quelques minutes avant mon arrivé sur place, il n’était plus de ce monde, mais il était bien là, près du trottoir, bien trop pâle.
Deux voitures en stationnement étaient littéralement éclatées par la violence du choc. Il y avait des débris partout.
Nous avons pris en charge l’auteur des faits, connu de nos services. Je ne lui donnerai aucun nom, aucune quelconque importance nominatif. Il est mineur, il était donc en défaut de permis. Au poste, celui-ci nous aura lâché trois-quatre larmes, il avait peur d’aller en enfer disait-il. La scène ne durera pas plus de cinq minutes.
Bien plus tard, après les procédures habituelles, nous l’avons emmené à l’hôpital pour un dépistage de stupéfiant, qui s’est avéré positif par la suite.
J’ai encore le mauvais souvenir où cet abruti essayait de dormir à chaque endroit où il pouvait s’asseoir ou s’allonger, en attendant le médecin. Comme si son esprit n’était pas touché par les quelques heures précédentes.
Les procédures à l’hôpital prennent beaucoup de temps, et nous fûmes relevés peu de temps après minuit par des collègues de la nuit.
De retour chez moi, il était 01h20 du matin.
Une bonne douche, un petit-suisse en guise de dîner et je filais au lit. Le réveil sonna quelques heures plus tard, sans pitié, il était 06h00 du matin, et un stage m'attendait.
J’appris quelques jours plus tard que le mis en cause était déjà dehors, sous contrôle judiciaire en attente du jugement, dans une dizaine de mois.
La vie suit son cours.
Sauf pour les victimes.
mardi, octobre 23, 2007
Bus 197
J’étais en patrouille, chef de bord, et je regardais le paysage urbain défiler. Le secteur était calme.Un homme au volant, le téléphone collé à l’oreille. Ma collègue fît demi-tour et stoppa le véhicule à proximité d’un arrêt de bus. Malheureusement pour lui, il avait oublié la courtoisie dans sa poche.
Il patientait dans son véhicule le temps de la verbalisation. Moi, je sifflotais sur le trottoir, constatant à quel point l’hiver arrivait vite. Il faisait froid.
Une femme était assise sur le banc, elle attendait son bus. Elle interrompit mes rêveries pour me demander le motif de son contrôle, elle sentait l’alcool et je me demandais comment elle pouvait ne pas comprendre que nous n’étions pas là pour elle. D’ailleurs, je ne l’avais même pas vu.
Elle allait travailler, à moitié ivre, son employeur avait l'habitude mais ne disait rien. J'essayais de comprendre comment elle en était arrivé là. Elle parlait lentement. Elle avait bonne allure et son air triste ne me laissait pas indifférent. Il me fallut dix minutes de discussion avant qu'elle ne m'explique, au travers d'un sanglot.
Son fils avait deux ans et demi ce jour là.
Ce jour où, il y a six ans, il fût écrasé sur la chaussée devant ses yeux.
Le conducteur était ivre, et la roue de son véhicule était passée sur la tête de son gamin, écaché sur le bitume ...
Son psychiatre n'avait apparemment rien changé à sa détresse. Elle était éteinte, inhabitée depuis six ans.
jeudi, octobre 11, 2007
Agoraphobe
Condamné pour viol en réunion, à l'âge de seize ans.C’était une camarade de son collège. Il l’a violé sans l'ombre d'un remord, dans des circonstances qu'aucun film ne pourrait retranscrire.
Elle avait quatorze ans, elle était seule ce soir là, dans cette piteuse cave. Lui, par contre, était accompagné de trois de ses amis. Ils s’échangeaient la gamine à tour de rôle, tandis que les trois autres tenaient fermement les bras et les jambes de cette jeune fille.
Je me souviens encore de son rire.
Après leurs interpellations, ils étaient assis sur le banc des gardés à vue, et ils rigolaient. Il échangeaient des blagues et se pliaient de rire.
Je crains qu’il ne soit bientôt dehors. Car la justice libère hâtivement, la justice oublie vite. Peut-être même le croiserez-vous un jour, dans une rue, proche d’une boulangerie. Peut-être vous esquissera t-il un sourire comme un banal citoyen satisfait de sa journée, et que vous lui répondrez d’un grand sourire, amicalement. Sans que personne ne se soucie de son passé. Ca me fait froid dans le dos.
Malheureusement, cette personne n’est qu’une déplorable poussière parmi des milliers, des millions d’autres qui ne méritent pas cet énorme privilège que d’être entièrement libre. J’ai beaucoup de mal à comprendre cette justice qui libère chaque jour des condamnés qui ne finiront jamais la peine prononcée un dernier jour d'audience.
Le monde est rempli de ces cinglés. Eux qui frôlent les gens que l'on aime, sans qu'un doute ne plane.
vendredi, novembre 03, 2006
Le devoir de réserve
L' article 11 du Code de Déontologie énonce : "Les fonctionnaires de Police peuvent s'exprimer librement dans les limites résultant de l'obligation de réserve à laquelle ils sont tenus et des règles relatives à la discrétion et au secret professionnel".Ainsi, l'obligation de réserve, l'obligation de discrétion et le respect du secret professionnel limitent la liberté d'expression du policier mais il reste libre de ses opinions. Cette liberté est établie par l'article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et rappelée dans l'article 6 de la loi 83-634 portant droits et obligations des fonctionnaires.
Devoir de réserve : Contrainte de modération dans l'expression des opinions. Article 6 de la loi 83-634 portant droits et obligations des fonctionnaires "La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. Aucune distinction ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses".